Clermont-Ferrand, la Biotech Open Platform (BiOP) vient d’ouvrir ses portes au cœur du Michelin Innovation Park – Cataroux. Sa mission : accompagner startups, industriels et acteurs de la recherche dans l’une des étapes les plus délicates du développement d’une innovation biotech: le passage du laboratoire à l’échelle industrielle.
On dit que 70% des innovations technologiques ne passent pas ce cap, car ce qui est vrai dans un labo ne l’est pas forcément et surtout aisément à une plus grande échelle. C’est le verrou que BiOP veut contribuer à lever.
Passer du laboratoire à l’échelle industrielle
La plateforme intervient sur le sujet de la fermentation de précision. Il s’agit d’utiliser des micro-organismes, les bactéries, levures, champignons, … comme de “véritables petites usines biologiques capables de produire une molécule ou un ingrédient d’intérêt”. Et les domaines d’intérêt sont nombreux. On pense spontanément à l’alimentation mais il y a aussi la cosmétique, la santé, la chimie ou les matériaux biosourcés.
En matière de fermentation, lorsque les volumes augmentent, la maîtrise du procédé devient beaucoup plus complexe. Température, apport d’oxygène, pH ou qualité du mélange doivent rester homogènes malgré le changement d’échelle. Pour l’expliquer, Khadidja Romari, directrice générale de Biotech Open Platform, utilise l’image du risotto. Le réussir pour quatre personnes est très différent de le réussir pour 4 000.
« Il ne suffit pas que techniquement le procédé fonctionne, il faut qu’il soit rentable et que l’équation économique soit validée », souligne Khadidja Romari.
BiOP procède par étapes, depuis l’échelle laboratoire jusqu’à des fermenteurs de 15 m³, afin d’adapter et d’optimiser les procédés. L’objectif est de fournir aux entreprises suffisamment de données pour savoir si leur procédé pourra ensuite être industrialisé, et dans quelles conditions.
Mutualiser les équipements et le risque
Cette phase de montée en échelle nécessite des équipements coûteux et des compétences très spécifiques. BiOP fonctionne comme une infrastructure mutualisée, ouverte à des entreprises françaises et internationales, à des startups comme à des grands groupes.
Plutôt que de construire immédiatement leur propre installation pilote, les entreprises peuvent tester leurs procédés, acquérir des données industrielles et réduire leur niveau de risque avant d’engager des investissements beaucoup plus lourds.
Cette capacité est d’autant plus stratégique que les infrastructures comparables restent peu nombreuses en Europe Selon les équipes de BiOP, les véritables plateformes de type CDMO ouvertes à des clients extérieurs pour accompagner le changement d’échelle se comptent encore « sur les doigts d’une main ou de deux mains » en Europe.
Pour Florent Menegaux, président du groupe Michelin, l’enjeu dépasse le projet clermontois, il rejoint aussi celui du financement de l’innovation. Le passage d’une technologie du laboratoire à l’industrie correspond souvent à une phase particulièrement risquée, pendant laquelle les besoins financiers augmentent alors même que la viabilité industrielle n’est pas encore totalement démontrée.
« Il est important de dégager les moyens de développer et de passer à l’échelle pour capitaliser sur l’innovation qui émerge en Europe» explique-t-il.
Un projet construit en écosystème
Biotech Open Platform repose sur une alliance entre Michelin, Danone, DMC Biotechnologies, Crédit Agricole Centre France, Clermont Auvergne Innovation et Greentech.
Pierre-Charles Romond, président de Clermont Auvergne Innovation, identifie trois dimensions structurantes autour de BiOP : les compétences, avec les formations présentes sur le territoire, les collaborations avec les laboratoires et enfin la possibilité de faire émerger de nouvelles innovations et de nouvelles entreprises. Pour lui, BiOP s’inscrit également dans un enjeu européen plus large de souveraineté industrielle et de développement des capacités de scale-up. « Le mot clé, c’est le scale-up », résume-t-il, en référence notamment aux orientations européennes issues du rapport Draghi.
« Face aux défis de l’innovation, le sujet est d’aller vite, d’aller en profondeur et de développer les collaborations en favorisant l’émulation de tous les acteurs, startups, grands groupes, acteurs publics, monde académique et financeurs.», souligne Florent Menegaux.
Faire émerger une filière: un enjeu de territoire
Cette logique d’écosystème est également au cœur du soutien apporté par Clermont Auvergne Métropole, qui accompagne le projet à hauteur de 1,5 million d’euros. Pour Hervé Prononce, Président de Clermont Auvergne Métropole, BiOP illustre l’ambition de faire de l’innovation « un moteur de transformation du territoire », en soutenant de nouvelles filières et en s’appuyant sur l’excellence industrielle locale. L’investissement global de la première phase dépasse désormais 20 millions d’euros, la Région Auvergne-Rhône-Alpes accompagne également le projet à travers des fonds FEDER.
Avec BiOP, la plateforme cherche à créer un maillon entre recherche et industrie, mais aussi à renforcer un environnement capable d’attirer des projets, des compétences et de nouvelles entreprises. À terme, l’ambition est double : permettre à davantage d’innovations biotechnologiques de franchir le cap industriel et contribuer à structurer, depuis Clermont-Ferrand, une nouvelle filière autour des biotechnologies industrielles.